Nous sommes nombreux dans la population à avoir réagi aux attentats barbares contre Charlie Hebdo et contre l’Hyper Casher à Paris en refusant les amalgames entre assassins islamistes radicaux et musulmans. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Les attentats ont provoqué un regain d’islamophobie, c'est-à-dire de racisme antimusulman, ce nouveau visage du racisme anti-arabe, avec des attaques contre des mosquées ou contre des croyants.

Cela fait partie des objectifs des terroristes et de leurs commanditaires : que les musulmans soient assimilés à leur combat, qu’ils soient rejetés par la population non-musulmane pour finalement rallier leur camp. Un ralliement qui ne se fait pas. Les Daesh, Al Qaida ou Boko Haram sont en réalité les premiers ennemis des musulmans eux-mêmes, à qui ils imposent leur dictature sur différents territoires en Syrie, en Irak, au Nigeria et ailleurs, par des massacres de masse et par la réduction en esclavage de milliers de femmes et d’enfants.

Les divisions identitaires entre musulmans et non-musulmans, entre juifs et non-juifs, entre Français « de souche » et Français d’origine immigrée ou Roms… toutes ces divisions constituent un piège.

Que chacun se replie sur une communauté et affirme une identité contre les autres, c’est le piège idéal pour les intérêts des gens qui dirigent l’économie, les patrons de la banque, de la finance, de l’assurance, de la grande distribution, et pour les politiciens qui les servent ou aspirent à les servir, Hollande, Valls, Macron, Sarkozy, Juppé, Le Pen. Quand le racisme nous divise, nous cessons de nous serrer les coudes pour nous défendre contre les licenciements, contre les inégalités sociales, pour les droits au logement, à la santé et à l’éducation pour toutes et tous. Quand le racisme nous divise, nous cherchons de faux responsables, de faux coupables, nous nous méfions de notre voisine, de notre collègue, nous voyons des complots partout. Quand le racisme nous divise, ce sont les puissants qui se frottent les mains, quelle que soit leur nationalité et leur religion !

Les divisions identitaires ne sont pas seulement un piège parce qu’elles nous empêchent de lutter ensemble pour un avenir meilleur. Elles sont un piège parce qu’elles débouchent sur la haine, l’intolérance, les agressions, la violence de tous contre tous, et finalement la guerre et la barbarie fasciste. Elles sont un piège parce qu’elles nous séparent là où nous pourrions nous unir, parce chaque identité s’affirme comme supérieure aux autres et veut finalement imposer sa loi aux autres.

Nous voulons un autre avenir que celui auquel aspirent les islamistes radicaux, les soutiens inconditionnels à Israël et les nationalistes français. Nous voulons un autre avenir que les divisions identitaires, la haine et le fascisme.

Il nous faut travailler à autre chose, ensemble. Que l’on soit croyant ou athée, de culture musulmane, juive ou chrétienne, d’origine africaine, asiatique ou européenne ; que l’on soit femme ou homme, jeune ou vieux, homosexuel ou hétérosexuel ; que l’on soit ouvrier ou prof, étudiante ou paysan, chômeur ou employée, lycéen ou intermittent… un avenir commun doit pouvoir être tracé, si nous sommes décidés à accepter entre nous la différence, la critique, la discussion, la divergence, et même la satire. Un avenir émancipateur, où aucune oppression de genre, de nationalité ou de religion ne sera acceptée. Un avenir égalitaire où le rire aura vaincu les larmes.

[Version tract PDF A5]